Une fatigue qui ne ressemble pas aux autres
Beaucoup d’adolescents et d’adultes avec un TSA décrivent une fatigue particulière.
Ce n’est pas seulement de la fatigue physique, ni uniquement mentale. C’est une fatigue globale, profonde, qui persiste même après le repos.
Ils disent par exemple :
- « Je dors, mais je ne récupère pas »
- « Tout me demande un effort »
- « J’ai l’impression d’être saturé de l’intérieur »
Cette fatigue n’est pas proportionnelle à ce qui est visible de l’extérieur. Une journée qui paraît ordinaire peut laisser une sensation d’épuisement total.
Qu’est-ce que la surcharge dans le TSA ?
La surcharge correspond à une accumulation d’informations à traiter, au-delà de ce que le système peut absorber à un moment donné.
Dans le TSA, cette surcharge peut être multiple :
- sensorielle (bruit, lumière, odeurs, mouvements),
- sociale (interactions, attentes implicites, regard des autres),
- cognitive (analyse permanente, anticipation),
- émotionnelle (ressentis intenses, difficulté à trier).
Contrairement à ce que l’on pense souvent, ces surcharges ne sont pas toujours spectaculaires. Elles sont souvent diffuses, constantes, et invisibles.
À l’adolescence : quand le corps lâche avant les mots
Chez les adolescents avec un TSA, la surcharge se manifeste fréquemment par le corps ou le comportement, bien avant d’être verbalisée.
On peut observer par exemple :
- un refus d’aller en cours sans explication claire,
- des crises à la maison après une journée « normale »,
- un retrait soudain, un mutisme,
- une irritabilité importante pour des détails.
L’adolescent ne sait pas toujours dire « je suis en surcharge ».
Il le montre, parfois de manière déroutante pour l’entourage.
Ce qui ressemble à de l’opposition est souvent une tentative de survie face à un trop-plein.
À l’âge adulte : tenir, puis s’effondrer
Chez l’adulte, la surcharge est souvent longtemps contenue.
L’adulte avec un TSA a appris à tenir, à faire face, à encaisser.
Il peut fonctionner ainsi pendant des années :
- en travaillant,
- en ayant une vie sociale,
- en respectant les attentes.
Jusqu’au moment où le système n’y arrive plus.
Cela peut prendre la forme :
- d’un épuisement soudain,
- d’un burn-out,
- d’une incapacité à continuer comme avant,
- d’un besoin brutal de retrait.
L’adulte se dit alors : « Je ne comprends pas, j’ai toujours tenu ».
En réalité, la surcharge était là depuis longtemps.
Pourquoi la surcharge épuise autant
Dans le TSA, beaucoup de choses qui sont automatiques pour d’autres demandent un traitement conscient.
Par exemple :
- filtrer un bruit de fond,
- suivre une conversation à plusieurs,
- comprendre une consigne floue,
- s’adapter à un changement imprévu.
Chaque ajustement mobilise de l’énergie.
Pris séparément, ces efforts semblent minimes.
Additionnés, ils deviennent écrasants.
La surcharge n’est donc pas liée à une fragilité, mais à une charge invisible constante.
Quand le repos ne suffit plus
Beaucoup essaient de compenser la surcharge par le repos.
Mais si la surcharge continue, le repos seul ne suffit pas.
Sans ajustement de l’environnement, des attentes ou du rythme :
- la fatigue s’installe,
- la tolérance baisse,
- les réactions deviennent plus intenses.
C’est souvent à ce stade que l’entourage se dit :
« Il/elle ne faisait pas ça avant ».
En réalité, le corps et le système nerveux signalent une limite atteinte.
Le lien entre l’adolescent et l’adulte
Ce qui se joue à l’adolescence est souvent le prélude de ce qui se rejouera à l’âge adulte.
Un adolescent en surcharge non reconnue apprend à :
- se forcer,
- se taire,
- masquer.
Un adulte qui s’effondre plus tard est souvent un adolescent qui a trop longtemps tenu sans ajustement.
Reconnaître la surcharge tôt permet de :
- réduire l’épuisement,
- préserver l’estime de soi,
- éviter une suradaptation destructrice.
Comprendre la surcharge pour agir autrement
Mettre des mots sur la surcharge permet de changer de posture :
- ne plus interpréter les réactions comme des caprices,
- ne plus se juger comme « faible »,
- commencer à respecter les signaux internes.
Comprendre, ce n’est pas excuser.
C’est s’ajuster intelligemment.
Conclusion – Écouter les signaux avant l’effondrement
La surcharge dans le TSA n’est pas un excès de sensibilité.
C’est un système qui fonctionne à plein régime, souvent sans pause suffisante.
Apprendre à reconnaître les signes de surcharge, à l’adolescence comme à l’âge adulte, permet de prévenir l’épuisement et d’ouvrir la voie à une relation plus respectueuse à soi-même.
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