« On dirait que tout va bien »
C’est souvent ce que l’on entend.
À l’école, au travail, en famille, la personne semble intégrée, compétente, adaptée. Elle respecte les règles, répond aux attentes, ne fait pas de vagues.
Et pourtant, à l’intérieur, l’effort est constant.
Le masquage (ou masking) désigne l’ensemble des stratégies conscientes ou inconscientes mises en place pour cacher ses difficultés et se conformer aux normes sociales. Il permet de « tenir », mais il a un coût psychique élevé.
Masquer, c’est apprendre à faire semblant
Masquer ne signifie pas mentir.
Cela signifie s’ajuster en permanence pour éviter le rejet, l’incompréhension ou la stigmatisation.
Concrètement, cela peut vouloir dire :
- forcer le contact visuel alors qu’il est inconfortable,
- sourire au bon moment, même sans en comprendre la raison,
- imiter les comportements des autres pour paraître « normal »,
- réprimer des besoins sensoriels ou de solitude,
- cacher sa fatigue ou son incompréhension.
Ces ajustements deviennent parfois si automatiques que la personne ne sait plus comment faire autrement.
À l’adolescence : apprendre à se fondre
Chez les adolescents avec un TSA, le masquage commence souvent tôt, parfois dès l’entrée au collège.
Ils comprennent rapidement que certaines réactions attirent l’attention ou les critiques. Ils apprennent alors à :
- se taire plutôt que poser une question,
- rire avec les autres pour ne pas se faire remarquer,
- accepter des situations inconfortables pour rester inclus,
- rentrer à la maison épuisés sans savoir pourquoi.
Un adolescent peut dire :
« À l’école je fais semblant, mais à la maison je n’en peux plus »
Le masquage protège socialement, mais il empêche souvent l’adolescent d’être compris et soutenu.
À l’âge adulte : être adapté… en permanence
Chez l’adulte, le masquage est souvent très élaboré.
Il permet de travailler, de gérer des responsabilités, d’avoir une vie sociale apparemment stable.
Mais cette adaptation permanente entraîne :
- une fatigue chronique,
- une perte de repères identitaires,
- l’impression de ne jamais être vraiment soi,
- parfois une anxiété diffuse ou un épuisement soudain.
Beaucoup disent :
« Je sais très bien faire ce qu’on attend de moi, mais je ne sais plus ce que moi j’attends »
Quand le masquage dure trop longtemps, il peut mener à un effondrement, parfois brutal.
Pourquoi le masquage est si coûteux
Masquer demande une attention constante :
- analyser les réactions des autres,
- corriger ses propres comportements,
- anticiper les erreurs possibles.
Ce travail interne est invisible, mais il consomme énormément d’énergie.
À long terme, il peut entraîner :
- une déconnexion de ses besoins,
- une difficulté à ressentir ses limites,
- une confusion entre adaptation et effacement de soi.
La personne n’est pas moins autiste parce qu’elle masque.
Elle est simplement plus fatiguée.
Le lien entre l’adolescent qui masque et l’adulte épuisé
De nombreux adultes identifiés tardivement reconnaissent, en regardant en arrière, qu’ils ont masqué dès l’adolescence.
Ce qu’ils ont appris à cacher jeunes :
- leur surcharge,
- leur incompréhension,
- leur besoin de retrait,
ils l’ont souvent continué à l’âge adulte, jusqu’à l’épuisement.
Reconnaître le masquage chez un adolescent aujourd’hui permet de :
- réduire la pression,
- éviter une suradaptation précoce,
- préserver la santé psychique future.
Rendre visible l’invisible
Mettre des mots sur le masquage est souvent un soulagement.
Cela permet de comprendre que :
- la fatigue n’est pas exagérée,
- les difficultés ne sont pas imaginaires,
- l’adaptation a un prix.
Rendre visible l’invisible ouvre la voie à des ajustements plus respectueux, tant pour la personne concernée que pour son entourage.
Conclusion – Être soi sans s’épuiser
Le masquage permet de tenir, mais il ne permet pas de se reposer.
À long terme, il fragilise.
Apprendre à reconnaître, réduire et ajuster le masquage, à l’adolescence comme à l’âge adulte, est un enjeu majeur pour préserver l’équilibre et la santé psychique.
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