Comprendre avant de juger
Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est encore trop souvent associé à des représentations réductrices. On l’imagine comme quelque chose de visible, d’évident, parfois figé dans l’enfance. Pourtant, le TSA est avant tout un fonctionnement neurodéveloppemental, présent tout au long de la vie, qui s’exprime différemment selon les personnes, les contextes et les périodes.
Comprendre le TSA, ce n’est pas chercher une étiquette.
C’est chercher à mettre du sens sur un mode de fonctionnement, souvent vécu dans le décalage, la fatigue ou l’incompréhension.
Un fonctionnement, pas une maladie
Le TSA n’est ni une maladie, ni un défaut, ni une faiblesse psychologique.
Il correspond à une manière particulière de percevoir, traiter et répondre aux informations sensorielles, émotionnelles et sociales.
Cela peut concerner :
- la façon de comprendre les interactions sociales,
- la sensibilité aux bruits, aux lumières, aux textures,
- le rapport au changement et à l’imprévu,
- la manière de penser, d’analyser, de se concentrer.
Ce fonctionnement est continu.
Il est déjà là chez l’enfant, se manifeste fortement à l’adolescence, et accompagne l’adulte tout au long de sa vie, même lorsqu’il est resté longtemps non identifié.
À l’adolescence : quand le décalage devient plus visible
L’adolescence est une période de transformations majeures. Le corps change, les attentes sociales augmentent, les relations deviennent plus complexes, l’identité se construit.
Pour un adolescent avec un TSA, ces changements peuvent rendre le décalage plus perceptible. Ce qui était jusque-là compensé peut devenir plus difficile :
- surcharge sensorielle dans les environnements scolaires,
- fatigue liée aux interactions sociales,
- incompréhension des codes implicites,
- besoin accru de solitude ou de retrait.
L’adolescent peut alors se sentir « à côté », différent, parfois en échec, sans toujours comprendre pourquoi. Ce vécu est souvent silencieux, intériorisé, banalisé par l’entourage.
À l’âge adulte : quand le sens arrive tardivement
Chez de nombreux adultes, le TSA est identifié tardivement, parfois après des années de suradaptation. Ces adultes ont souvent appris à compenser, à imiter, à masquer leurs difficultés pour répondre aux attentes.
Ils décrivent fréquemment :
- une fatigue chronique,
- un sentiment d’usure intérieure,
- l’impression de jouer un rôle,
- une difficulté à se sentir légitime dans les relations ou dans le travail.
Ce que l’adulte comprend aujourd’hui éclaire souvent son adolescence passée.
Et ce que vit un adolescent aujourd’hui peut permettre de prévenir une souffrance adulte future, s’il est reconnu et accompagné.
Une continuité entre l’adolescent et l’adulte
Il est essentiel de comprendre que le TSA ne commence pas à l’âge adulte, pas plus qu’il ne disparaît après l’adolescence. Il y a une continuité du fonctionnement, avec des expressions différentes selon les moments de la vie.
L’adolescent vit souvent les difficultés de manière plus brute, plus visible.
L’adulte, lui, en paie parfois le prix plus tard, après des années d’adaptation excessive.
Relier ces deux vécus permet de sortir de l’isolement et de la culpabilité, autant pour les jeunes que pour les adultes.
Comprendre pour mieux s’ajuster
Comprendre le TSA, ce n’est pas enfermer une personne dans une définition.
C’est au contraire lui permettre de :
- mieux se connaître,
- ajuster son environnement,
- réduire la surcharge inutile,
- développer des stratégies respectueuses de son fonctionnement.
Que l’on soit adolescent, adulte, ou parent, cette compréhension ouvre la voie à plus de clarté, de sécurité et d’apaisement.
Conclusion – Donner du sens pour alléger le parcours
Mettre des mots sur le TSA permet souvent un profond soulagement.
Ce n’est pas une explication qui enferme, mais une lecture qui éclaire.
Comprendre son fonctionnement, à l’adolescence comme à l’âge adulte, permet de sortir du « qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » pour aller vers « comment je fonctionne, et comment vivre mieux avec cela ».
➡️ À lire ensuite :
Vivre avec un TSA : le sentiment de décalage à l’adolescence et à l’âge adulte