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Vivre avec un TSA : le sentiment de décalage à l’adolescence et à l’âge adulte

« Je suis là… mais pas vraiment à ma place »

Beaucoup de personnes avec un TSA décrivent un sentiment difficile à formuler :
elles sont présentes, intégrées en apparence, mais intérieurement en décalage.

Elles participent aux échanges, vont à l’école ou au travail, remplissent ce que l’on attend d’elles. Et pourtant, quelque chose résiste. Une impression persistante de ne jamais être totalement à la bonne place, au bon rythme, dans la bonne façon d’être.

Ce décalage n’est pas toujours visible. Il est souvent intérieur, silencieux, et profondément fatigant.

À l’adolescence : être avec les autres sans se sentir avec eux

Chez les adolescents avec un TSA, le sentiment de décalage se manifeste souvent dans le quotidien scolaire et social.

Par exemple :

  • être dans un groupe, mais ne pas comprendre quand intervenir,
  • rire une seconde trop tard, ou pour de mauvaises raisons,
  • se sentir épuisé après une journée de cours sans pouvoir expliquer pourquoi,
  • avoir besoin de s’isoler après l’école, parfois pendant des heures.

Un adolescent peut dire :
« J’aime bien mes camarades, mais être avec eux me fatigue »
ou
« Je préfère être seul, c’est plus simple »

Ce retrait n’est pas un manque d’intérêt pour les autres.
Il est souvent une stratégie de récupération, face à une surcharge sociale et sensorielle constante.

À l’âge adulte : fonctionner, mais à quel prix ?

Chez l’adulte, le décalage prend souvent une autre forme.
L’adulte avec un TSA a appris à s’adapter.

Il sait :

  • quand sourire,
  • quoi dire dans une conversation,
  • comment se comporter « correctement » en société.

Mais cette adaptation a un coût.

Beaucoup décrivent :

  • une fatigue intense après les interactions sociales,
  • le besoin de solitude pour « récupérer »,
  • l’impression de jouer un rôle, sans jamais se reposer vraiment.

Un adulte peut dire :
« Je fais tout ce qu’il faut, mais je suis vidé »
ou
« Je comprends les règles sociales, mais elles ne sont pas naturelles pour moi »

Ce fonctionnement est souvent très bien masqué. De l’extérieur, rien ne laisse penser à une difficulté. À l’intérieur, l’effort est permanent.

Pourquoi ce décalage est si épuisant

Le décalage ne vient pas d’un manque d’envie de lien.
Il vient du fait que le traitement des informations sociales et sensorielles demande plus d’efforts.

Concrètement :

  • analyser les expressions faciales,
  • décoder les sous-entendus,
  • gérer le bruit, la lumière, les mouvements,
  • maintenir une posture socialement acceptable,

mobilise une grande partie de l’énergie mentale.

Là où d’autres fonctionnent de manière intuitive, la personne avec un TSA fonctionne souvent de manière analytique. Ce mode de fonctionnement est efficace, mais énergivore.

Le sentiment de ne jamais être « comme il faut »

Avec le temps, ce décalage peut générer une question douloureuse :
« Pourquoi c’est si facile pour les autres et si compliqué pour moi ? »

Chez l’adolescent, cela peut affecter :

  • l’estime de soi,
  • le sentiment de compétence,
  • la confiance dans les relations.

Chez l’adulte, cela peut se traduire par :

  • une auto-exigence excessive,
  • une peur de l’erreur,
  • une difficulté à se sentir légitime.

Ce vécu n’est pas une fragilité personnelle.
Il est la conséquence directe d’un fonctionnement différent évoluant dans un environnement non adapté.

Le lien entre l’adolescent d’hier et l’adulte d’aujourd’hui

Beaucoup d’adultes identifiés tardivement avec un TSA reconnaissent leur adolescence dans ces descriptions.
Ils comprennent après coup pourquoi cette période a été si éprouvante, parfois sans raison apparente.

À l’inverse, reconnaître ce décalage chez un adolescent aujourd’hui permet :

  • de ne pas minimiser sa fatigue,
  • de réduire la pression inutile,
  • d’éviter une suradaptation précoce.

Ce lien entre adolescent et adulte est fondamental : il montre que ce vécu a une continuité, et qu’il mérite d’être compris tôt.

Mettre des mots change déjà beaucoup

Pouvoir nommer ce sentiment de décalage apporte souvent un soulagement immédiat.
Non pas parce que tout est résolu, mais parce que la personne cesse de se croire « défaillante ».

Mettre des mots permet de :

  • comprendre son besoin de récupération,
  • ajuster ses attentes envers soi,
  • commencer à respecter son rythme.

C’est souvent la première étape vers une relation plus apaisée à soi-même.

Conclusion – Se reconnaître pour ne plus lutter seul(e)

Vivre avec un TSA, à l’adolescence comme à l’âge adulte, implique souvent de composer avec un sentiment de décalage invisible mais bien réel.

Ce décalage n’est ni imaginaire, ni excessif.
Il est le reflet d’un fonctionnement différent, qui demande à être reconnu et respecté.

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Surcharge et épuisement dans le TSA : quand trop, c’est trop